disneyland hotel, 90's

2. Petit bonheur du jour.

Jouer tous les jours au même endroit, en l’occurence, le Main Street Lounge de l’hôtel Disneyland Paris. Le son est bon, je me fais à cette situation, où, comme tous les pianistes de bar, même le soir, les jours se suivent et se ressemblent. Mais en fait, comme dans tout paysage, la vie est là, de petits détails assemblés, qui se meuvent. Je brode sur Just In Time, un de mes standards préférés. Bon, je ferais mieux demain ! 

Main Street Lounge, donc. Deux restaurants se font face, à ma gauche et à ma droite. Un de chaque côté du salon. Et derrière moi, un bar dont les murs sont tapissés de partitions de musique de jazz et décorés de quelques statuettes d’animaux dansants. Ici, le personnel  se croise continuellement, passant d’une table à une autre. Je salue quotidiennement les gens que je côtoie. Genre cool.

Un après midi, l’ambiance est un peu trop cool,  aucun guest comme on dit, aucun invité quoi. Une serveuse vient soudain vers moi et pose son plateau vide sur le couvercle du piano. Elle me fixe des yeux pour la première fois depuis des mois, et claironne : « tu sais,  je suis jalouse de toi ! ». Depuis le début de mon engagement en fait, j’avais l’impression qu’elle me fuyait. Surpris , je lui réponds, néanmoins soulagé : « merci de pouvoir l’exprimer ». Je la questionne  sur le pourquoi de cette jalousie. 

Elle avait joué du piano, en Hollande, étudié les classiques, Chopin, Mozart et Beethoven. Beaucoup travaillé son instrument, accumulant répertoire, gammes et arpèges, examens. Elle réalisait avec amertume, en ce lieu, qu’elle n’était plus que serveuse. Je ne pouvais que compatir. Mais que faire? Elle est repartie avec son plateau. I Can get no…

Quelques semaines plus tard,  elle profite d’une autre pause pour étaler derechef son plateau sur le piano. Cette fois plus sereine et comme apaisée, me dit :  » tu sais, j’ai réfléchi à ce que je disais la dernière fois. Bien que j’ai commencé le piano très jeune, et beaucoup étudié, je ne pourrais jamais jouer comme tu le fais : tous les jours ! » Coup de théâtre.

Trois ou quatre ans plus tard, en un autre lieu, elle me rejoint à la fin du spectacle dans lequel je jouais, le Lucky Nugget Show, Lili’s Folies, en compagnie de musiciens, comédiens, danseuses. Elle se rappelle à moi,  Me présente son compagnon et leur enfant. Elle m’annonce qu’elle est très heureuse de son nouveau travail et de sa vie en général.  

Petit bonheur du jour.

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