Disneyland Hôtel : bon pour le CV ?

Je suis en place, comme tous les jours ou presque, dans mon beau costume vert et rose, assis à mon piano. Pour la seconde demi-heure de la soirée.  Deux autre suivront.. Après une introduction, je commence à jouer un thème qui m’est cher : Nostalgia In Times Square, une composition emblématique de Charlie Mingus. Je me plais dans cet esprit flirtant avec le blues, tout en l’assumant. Une voix, discrète au début, me parvient à l’oreille. Il y a beaucoup de « guests » ce soir dans le Main Street Lounge de l’hôtel Disneyland. Un brouhaha éloquent qui bouscule la perception de la provenance des sons.   

Je passe à un autre morceau puis un autre etc. La voix qui semble dialoguer avec moi se fait plus présente. Je pense qu’elle est toute proche. Peut-être, sûrement même, à la petite table au bout du piano. L’ homme est face à moi, mais à demi caché par la femme devant lui. Il  a la tête penchée  vers elle.  En fait il chante pour elle ce qui lui passe par la tête. Il m’accompagne à la voix comme je le fais au piano ! 

Ils ont chacun en main un grand verre de vin blanc. Son chant est quasi continu.  Il improvise, en « yaourt », anglais, ou autre. Cette voix  un peu éraillée prend sa place dans mon jeu. Et mon piano dans le sien. Il me laisse énoncer les  thèmes. Se joint à moi pour ses variations. Un musicien. Je choisis les morceaux suivants en fonction de la couleur de sa voix. Le blues. C’est  très agréable de faire le boeuf, ainsi, dans ce salon là. 

Ma demi-heure se termine. Je me lève, ferme le couvercle du piano, m’éclipse. Constate au passage que leurs verres  sont bien remplis. Une demi-heure plus tard, je suis de retour. Mes proches voisins  toujours au taquet. Et c’est parti pour le second duo de la soirée, qui sera suivi d’un troisième. La voix prend sa place dans le tumulte environnant, sans jamais s’imposer. Ils boivent et lui chante. Pas une incartade. Pas une note plus forte qu’une autre. Et juste. 

De la vraie lounge music. Un duo piano-voix, une auditrice directe, et les gens autour qui entendent, peut-être sans écouter. C’est tout !  Je poursuit le jeu ainsi posé.  Le duo, le vrai duo. Pas l’accompagnant et le récitant, ou l’inverse. Simplement les deux ensembles. Yes ! Night in white wine blues. J’ai pu croiser le regard de mon duettiste une ou deux fois, pensant le connaître sans le reconnaître, mais le connaissant toutefois… Vous voyez. 

Le sommelier, sur mon départ  me confie qu’il s’agit de Bob Geldof. Boomtown Rats, Live Aid, Pink dans The Wall. Je ne connaissais pas encore « I Don’t Like Mondays ». J’avais vu le film d’Alan Parker dans lequel il joue le personnage créé par Roger Waters de Pink Floyd. Mais Bob restait discret ce soir là. Quand j’ y pense parfois, ce fût une belle rencontre musicale. Peut être s’en rappelle t’il, peut être pas. Ça s’est passé néanmoins. Je le salue au passage pour sa musicalité, et son partage.

Je me suis parfois posé la question :  notifier ou pas cette rencontre avec Bob Geldof dans mon CV ? Sans qu’un mur ne nous sépare !

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